



L'apprentissage est l'affaire des personnes, et il trouve son expression la plus reconnue et la plus légitime dans l'école. Transférer la notion d'apprentissage à une région, c'est faire un saut dans une dimension qu'il convient de définir. Mais comment? Peut-on délimiter le concept de région à une époque où se transforment les confins qui, encore récemment, permettaient d'identifier certaines unités: d'Etat, de culture, de religion, d'appartenance au territoire, et autres? Peut-on parler d'apprentissage dans un territoire qui combat pour conserver une identité qui se désagrège sous la pression de processus migratoires irréversibles? En outre, comment se profile la dimension physique d'un territoire qui apprend?
Le flux économique, combiné à l'avancée d'une communication totalisante, a donné forme et force à l'illusion planétaire de pouvoir aspirer au bonheur et à la richesse à travers un pacte existentiel qui permettrait de repousser la fin de la vie. La force planétaire de ce modèle existentiel, qui transcende les limites du temps et de l'espace, est parvenue à réduire à Cendrillon une autre image de l'homme: celle de l'homme qui transforme le monde qui l'entoure et s'y adapte, en fonction de buts qui échappent aux seules lois du rendement maximum et d'un certain centralisme planétaire.
Comment l'apprentissage peut-il respecter les différences génétiques, de culture, d'aspirations culturelles, si le modèle social de référence préconise avant tout des valeurs «gagnantes»?
Dans un tel contexte social, qu'advient-il des femmes et des hommes qui ratent le train des premiers de classe?
Qu'en est-il des territoires qui ne font pas partie des lieux où convergent les forces qui décident la vie à venir de millions de personnes?
Dans un projet de développement mené dans cinq vallées du sud des Alpes suisses, on a pu récolter, et en partie mesurer, les effets d'une méthodologie basée sur la prémisse qu'il est encore possible de puiser à des forces vitales qui peuvent donner un sens à un développement différent.
Les lieux, les temps, les personnes, les technologies, l'apprentissage, les déplacements que l'étude a consenti de connaître sont en net contraste avec les lieux communs qui ont défini, jusqu'à aujourd'hui, les orientations de la politique régionale.
Il semble possible d'inverser la dégradation des conditions sociales si l'on prend au sérieux l'existence d'un potentiel culturel et cognitif qu'il serait difficile de prescrire à travers des programmes de développement.